Le 5 février dernier, on apprenait dans un article de Radio-Canada que l’exposition répétée à la détresse humaine, notamment liée à l’itinérance et à la violence urbaine, affecte la santé mentale des policiers de la Ville de Québec, au point que des mesures de soutien psychologique préventives sont mises en place. Cette reconnaissance est essentielle, mais elle soulève une question incontournable : pourquoi s’arrête-t-elle là?
Chaque jour, partout au Québec, des milliers de travailleuses du milieu communautaire accompagnent des personnes confrontées à la pauvreté, à la violence, à l’itinérance, à la détresse psychologique et à l’exclusion sociale. Elles écoutent, soutiennent, orientent et interviennent. Elles accueillent ce que notre société produit de plus difficile. Et elles le font dans la durée. Contrairement à d’autres milieux, leur travail repose sur un lien continu. Elles ne font pas qu’intervenir en situation de crise : elles accompagnent, parfois pendant des mois et même des années. Elles portent les histoires. Elles absorbent les impacts. Elles tentent de réparer ce que des systèmes défaillants ont brisé.
Pourtant, l’exposition constante à la détresse humaine demeure largement invisible. Elle n’est pas reconnue à sa juste valeur comme un risque psychosocial structurant. Elle n’ouvre pas droit à des mesures systématiques de prévention. Elle ne se traduit pas par des investissements à la hauteur de ce que ces travailleuses vivent au quotidien.
Avec l’entrée en vigueur des nouvelles obligations liées à la Loi 27, les organismes doivent désormais mettre en place des mesures pour protéger la santé psychologique de leurs équipes, notamment en se dotant de plans de prévention des risques psychosociaux. Une exigence légitime, mais profondément paradoxale dans un contexte où le sous-financement chronique constitue lui-même le principal facteur de risque pour la santé mentale des travailleuses.
Comment protéger, sans moyens?
Comment prévenir l’épuisement, sans financement?
Comment élaborer des plans crédibles quand la surcharge de travail, le manque de ressources et la précarité des équipes sont structurels?
Comment prendre soin de celles qui prennent soin, quand on refuse d’investir?
Où est la cohérence? D’un côté, on reconnaît que, pour les policiers, l’exposition à la détresse humaine peut affecter la santé mentale et on met en place des mesures pour y répondre. De l’autre, on exige du milieu communautaire qu’il fasse toujours plus, avec moins.
Pendant ce temps, le gouvernement du Québec persiste à sous-financer le milieu communautaire. Le budget récemment présenté a été dénoncé comme largement insuffisant par nos regroupements nationaux, qui rappellent que les besoins sont immenses, que les équipes sont épuisées et que les conditions de travail demeurent indécentes.
Le communautaire à boutte!
Ce n’est pas symbolique, c’est réel. Aujourd’hui, plus de 1 500 organismes sont en grève partout au Québec, touchant près de 50 000 travailleuses et travailleurs, dont une immense majorité de femmes (80 %), dans un secteur déjà marqué par des inégalités structurelles.
Ce mouvement, qui se déroule du 23 mars au 2 avril, n’est pas anodin. Il est le symptôme d’un milieu à bout de souffle.
Parce que les travailleuses du communautaire sont majoritairement des femmes. Parce que leur travail est encore trop souvent perçu comme une vocation plutôt que comme un travail essentiel. Parce que le « care », le soin, l’écoute, l’accompagnement, continuent d’être invisibilisés et sous-évalués.
Sans elles, le filet social ne tient pas. Les organismes communautaires sont souvent le dernier rempart face à l’explosion des besoins en logement, en sécurité alimentaire, en santé mentale, en matière de violences faites aux femmes.
Reconnaître l’impact de la détresse humaine sur la santé mentale des policiers est une avancée.
Mais refuser d’accorder la même reconnaissance aux travailleuses du communautaire est une injustice.
Il est temps de faire preuve de cohérence.
Reconnaître.
Financer.
Soutenir.
Respecter.
Valoriser.
Pas seulement en paroles, mais en posant des gestes concrets pour soutenir le communautaire.
Le 2 avril, nous serons devant l’Assemblée nationale avec tout le mouvement Communautaire à boutte. Joignez-vous à nous pour faire entendre notre voix.
Camille, Josée, Mama, Marjorie et Mélissa
Pour le Centre ressources pour femmes de Beauport

